J’ai testé Mastercam 2026 sur une pièce 5 axes et j’ai mesuré le vrai gain

Lucas Martin

mai 30, 2026

Dans l’atelier de CMGM Usinage, à Metz, j’ai ouvert Mastercam 2026 un lundi matin, juste après le premier essai sec sur une pièce 5 axes. J’avais découpé un gros parcours en trois zones, et j’ai vu la broche repartir plus calmement entre deux mises en position. J’ai lancé le test avec swarf, contour et simulation machine, puis j’ai noté chaque retouche au feutre noir sur une feuille A4 pliée en deux. Ma Licence professionnelle en Génie Industriel, obtenue à l’Université de Lorraine en 2014, m’a appris à me méfier d’un programme trop propre à l’écran.

J’ai posé le test sur une pièce qui me forçait à tout vérifier

J’ai choisi une pièce à géométrie libre avec trois zones de reprise, deux changements d’angle serrés et une bordure proche des limites d’axes. J’ai dû regarder chaque passage d’une mise en position à l’autre, parce que la forme me renvoyait vite au piège classique du parcours trop long. Après 8 ans de métier en rédaction industrielle, je repère vite quand une trajectoire semble simple mais fatigue la machine. Là, je voulais une pièce qui ne me laisse pas tricher avec le confort du clavier.

J’ai gardé la même machine, le même post-processeur et la même simulation machine pour ne pas fausser la comparaison. J’ai laissé la tolérance à 0,02 mm sur la première passe de test, puis je n’ai changé que les paramètres notés dans mon carnet. J’ai aussi gardé la même logique d’outil, le même brut et la même avance. Si je ne me trompe pas, c’est surtout là que le gain se joue, pas dans le dessin d’écran.

Je voulais mesurer quatre choses simples, et je les ai suivies au stylo bleu, à gauche du clavier. J’ai chronométré le temps de programmation, le nombre de retouches après post, le nombre d’essais secs et l’écart entre un parcours monolithique et trois zones découpées. J’ai aussi gardé une place pour les petits ratés, comme les retours en arrière que je corrige d’habitude à la main. J’ai travaillé dans la logique de l’AFGI, qui me sert de repère quand je compare une mise au point sans me raconter d’histoire.

Le jour où le gros parcours m’a coûté trop de retouches

J’ai d’abord tenté la version longue, avec un seul parcours 5 axes qui traversait toute la pièce d’un trait. J’ai passé 1 h 54 à retoucher neuf fois les vecteurs d’outil, les liaisons et les zones de sécurité, et j’ai fini avec un programme trop bavard. Le café posé à gauche du clavier avait déjà refroidi. J’ai senti tout de suite que le gain promis ne viendrait pas du trajet brut, mais de la façon dont je le rendais lisible.

Le vrai doute est arrivé dans la simulation machine. J’ai vu un crochet inutile de 4 centimètres près d’une singularité, puis l’axe rotatif a ralenti d’une manière qui ne collait pas avec la trajectoire 3D. À l’écran, tout paraissait propre, mais dans la cinématique réelle je voyais bien que la liaison n’était pas saine. J’ai arrêté le lancement avant de me faire piéger par un passage trop proche d’un point critique, et j’ai pris une note en rouge à côté du mot "post".

J’ai eu le même réflexe pour les zones de sécurité. Le porte-outil passait à 6 mm d’une liaison de swarf, et le porte-à-faux n’était pas assez bien pris en compte dans la simulation. Le premier essai sec m’a servi d’alerte. J’ai déjà vu des programmes séduisants sur papier me faire perdre du temps au moment de la validation. Là, je crois que j’aurais payé l’erreur au premier changement de direction si j’avais forcé le lancement.

Quand j’ai enfin supprimé le petit battement dans les micro-segments, j’ai entendu un bruit plus rond dès la première zone corrigée. Le contraire m’a sauté aux oreilles avant même le contrôle visuel, avec ce cliquetis qui annonce une trajectoire chargée en micro-segments. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Avec ma compagne, le soir, j’ai pensé à mes vieux outils quand ils prennent du jeu, parce que la sensation est la même, sèche et un peu agaçante.

Quand j’ai découpé en trois zones, le test a changé

J’ai repris la pièce en trois zones plus simples, avec des transitions courtes et des liaisons raccourcies entre chaque segment. J’ai coupé les passages qui frôlaient les limites d’axes, puis j’ai fait tomber la complexité au moment du post plutôt qu’au moment de l’usinage. J’ai gardé la même base de trajectoire, mais j’ai réparti les changements d’orientation pour éviter qu’un seul gros contour oblige la machine à se contorsionner. Dès ce moment-là, j’ai vu le programme respirer mieux, sans micro-arrêts inutiles sur la simulation.

Le temps de programmation est passé de 1 h 54 à 1 h 18, et j’ai ramené les retouches de neuf à trois. J’ai gagné 19 minutes sur les vecteurs d’outil et encore 17 minutes sur les corrections de sécurité, parce que je ne revenais plus sans cesse sur les mêmes dégagements. J’ai aussi réduit le nombre d’essais secs de deux à un, ce qui m’a fait sentir le vrai basculement du test. Dans mon métier de rédacteur spécialisé pour magazine industriel, je vois vite que le temps perdu avant copeau pèse par moments plus lourd que le cycle lui-même.

La simulation a changé de visage dès que j’ai séparé les zones. J’ai vu moins d’hésitation dans les axes rotatifs, et je n’ai plus eu cette impression de machine qui pompe dans les courbes. Le premier essai sec a déroulé sans arrêt parasite, avec une avance plus régulière et un rythme qui ne me forçait plus à reprendre la main toutes les vingt secondes. Ce n’est pas devenu magique pour autant, mais la mise au point a cessé de ressembler à une séance de rattrapage.

J’ai aussi touché aux paramètres de tolérance et de lissage pour voir le point de bascule. Avec 0,01 mm, j’ai gagné une surface plus propre, mais j’ai vu le temps d’usinage remonter de 7 minutes sur la dernière zone. Sous un éclairage rasant, les facettes visibles au reflet ont presque disparu quand je suis resté plus souple, puis elles sont revenues dès que j’ai voulu serrer trop fort. J’en conclus que le bon réglage ne sort pas du logiciel seul. Il se construit entre le pas de lissage et la patience qu’on accepte de perdre.

Le crochet de 3 cm juste au passage de la zone 2 à la zone 3 m’a servi de repère pour juger la maturité du programme. J’ai compris à cet instant que je n’étais plus face à un trajet décoratif, mais à une trajectoire exploitable en atelier.

Ce que j’en retiens quand je regarde les chiffres

Quand j’ai mis les deux versions côte à côte, j’ai vu un gain net sur la programmation et sur la mise au point, pas sur le copeau lui-même. J’ai gagné 36 minutes sur la phase de préparation, j’ai réduit d’un essai sec et j’ai supprimé 6 minutes d’hésitation sur la dernière zone. Le temps machine, lui, n’a bougé que de 5 minutes sur la pièce testée, et j’ai trouvé ce résultat honnête. J’ai donc retenu que l’intérêt de Mastercam 2026, chez moi, vient d’abord de la lecture plus propre du programme.

Je n’oublie pas les limites. Si la cinématique machine est mal réglée dans le post-processeur, je perds vite le bénéfice, et si la machine est mal modélisée, je peux me faire surprendre au premier essai sec. J’ai vu aussi que le gain s’évanouit dès que je néglige une singularité ou une liaison trop optimiste, surtout sur les axes rotatifs. Pour cette partie-là, je m’arrête à mon terrain de rédaction et je laisse l’intégrateur ou le programmeur FAO reprendre la main quand la machine ne colle pas à la simulation.

Au final, je garde une conclusion simple, et je la relis encore chez CMGM Usinage comme dans mes échanges avec des ateliers autour de Metz. Pour une pièce 5 axes répétitive, la logique des trois zones devient rentable dès qu’un programme revient plusieurs fois et que le post tient la route. Si la géométrie change à chaque série, je ne vois pas le même intérêt, parce que le temps passé à tout reparamétrer mange le gain. Mon verdict est donc net : oui pour une pièce série, non pour un prototype isolé. À mes yeux, Mastercam 2026 m’a surtout fait gagner du temps de préparation, pas du temps de coupe.

Lucas Martin

Lucas Martin publie sur le magazine CMGM Usinage des contenus consacrés à l’usinage industriel, à la gestion d’atelier et aux enjeux de performance. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères concrets pour aider les lecteurs à mieux comprendre les procédés, les coûts et les décisions de production.

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